Les indiens Shiwiars vivent sur le versant ouest de la Cordillère des Andes, en Haute-Amazonie, dans l’une des zones de la planète les plus isolées et dans laquelle la biodiversité est la plus grande. C’est pourtant avec eux que l’artiste français Valéry Grancher a choisi d’établir un lien direct et créatif et de le rendre visible dans le cadre de son projet pour le Palais de Tokyo.

La première étape du projet s’est tenue sur Internet, depuis le 1er septembre 2005. Le Blog http://www.theshiwiarsproject.org, mis à jour quotidiennement par Valéry Grancher, a permis de suivre toutes les étapes du projet, les réflexions de l’artiste et, surtout, a permis de mieux saisir le territoire sur lequel il souhaite placer ce projet : celui d’une rencontre entre l’art, les réalités quotidiennes d’une communauté, les pressions des grandes puissances économiques et sociales sur cette partie de la planète et une véritable refléxion philosophique sur tout ce qu’engagent de tels rapprochements.

La deuxième étape est une plongée concrête dans la réalité. En effet, du 7 au 20 octobre, Valéry Grancher s’est rendu à Tanguntsa, le village des indiens Shiwiars qu’il a choisi pour établir ce contact. Aidé par les technologies modernes – satellite, wifi, ordinateur, etc. – mais payant de sa personne au sens le plus concret du terme dans une zone de la planête particulièrement difficile d’accès et éprouvante au simple plan de l’épreuve subie par le corps, Valéry Grancher à souhaité faire de cette période celle du lien direct et de l’échange. Chacun de ces moment a pu être suivi au jour le jour, sur le blog de l’artiste.

La troisième étape fut proposée au Palais de Tokyo, le vendredi 4 novembre, de 18h à 21h. Autour de Valéry Grancher, de retour de son voyage en Haute-Amazonie, une table-ronde a permis de faire le point sur l’aventure avec plusieurs personnalités fortement impliquées dans les luttes pour la survie de ces territoires.

Les participants à la table-ronde :
Valéry Grancher, artiste
Pascual Kunchicuy, chef de la confédération shiwiar et directeur du projet Ikiam (projet eco-touristique dans le village de Tanguntsa), venu tout spécialement à Paris pour l’occasion
Pascal Languillon, consultant en eco-tourisme, président de l’Association “Vers un autre tourisme” et concepteur du site internet Ikiam
Jean-Claude Monod, philosophe, Professeur à l’ENS
Jean-Patrick Razon, Survival International-France, Paris
Marc Sanchez, directeur des programmes du Palais de Tokyo et commissaire du “Shiwiars project”
Anne-Christine Taylor, directrice du département de la recherche et de l’enseignement du Musée du Quai Branly.

A cette occasion, sont présentés les films réalisés par Valéry Grancher lors de son voyage.

La quatrième étape présente, sous la forme d’une installation vidéo et sonore, le film de longue durée réalisé par Valéry Grancher pendant son séjour dans le village de Tanguntsa. Durée du film : 5 heures 20 minutes, diffusé en permanence de midi à minuit. Dans l’installation, le blog de l’artiste est également proposé en consultation accompagné d’un film documentaire de Valéry Grancher, conçu comme le journal de voyage l’expédition et réalisé en collaboration avec Emmanuel Grancher. Durée du film : 26 minutes. L’installation a été présentée du 4 au 20 novembre 2005

Le blog du projet : http://www.theshiwiarsproject.org

Alimenté très régulièrement par Valéry Grancher, ce blog propose de pénétrer plus avant dans la réflexion menée par l’artiste au moyen de documents, analyse, textes divers et, trace un portrait en temps réel de l’opération “The Shiwiars Project”.

“The Shiwiars Project” est proposé dans le cadre du programme Tokyo-Ozone

Le peuple Shiwiars

Les indiens Shiwiars, groupe appartenant à la communauté Jivaro, vivent dans des régions situées sur le versant ouest de la cordillères des Andes et à l’est de la frontière Equateur/Pérou, au plus profond de la Haute-Amazonie où la biodiversité est la plus importante et l’isolement le plus grand. Ils représentent une communauté de quelques 700 personnes vivant dans 9 villages. Ils sont entrés en contact avec le monde occidental en 1941, lors de la guerre opposant le Pérou à l’Equateur.

Il y a eu très peu d’incursions étrangères au sein de leur territoire, mis à part les missionnaires évangélistes et une campagne de prospection pétrolière dans les années 70 (du pétrole a été trouvé mais pas encore exploité). Sous l’influence des missions évangélistes, qui ont développé des échanges commerciaux avec eux, ils ont stoppé leurs rituels guerriers.

En ce nouveau millénaire, ces derniers hommes libres se meurent dans la plus grande indifférence. Bien plus qu’écologistes, ils sont partie intégrante de l’écosystème amazonien. Ils avaient bâti une civilisation hédoniste dans laquelle le temps immédiat et présent se dilate pour mieux embrasser la cosmologie de la nature environnante célébrant la vie et la mort. Ils interagissent avec le monde aux frontières de la magie et de l’illusion. La civilisation moderne est venue leur offrir la modernité pour laquelle ils ne nous remercient pas.

A lire pour en savoir plus sur les indiens Jivaros “Les lances du crépuscule” par Philippe Descola Editions Terre Humaine/Plon

“On les appelle Jivaros. Ils préfèrent se dénommer Achuars ou Shiwiars, les gens du palmier d’eau. Isolés dans la jungle de la Haute-Amazonie, aux confins de l’Equateur et du Pérou, cette tribu légendaire fut protégée pendant des siècles de l’incursion des blancs par son inquiétante réputation de chasseurs de têtes. Plus qu’une condition de leur indépendance, la guerre est pour ces indiens une vertu cardinale ; elle donne du prestige, renforce la solidarité, raffermit l’identité ethnique et permet le renouvellement rituel des âmes. Grâce à elle, les Achuars sont encore plusieurs milliers, fiers de leurs traditions et farouchement attachés à leur mode de vie…” (Philippe Descola)

Des sites web pour en savoir plus :

http://www.survival-international.org
http://www.ikiam.info/whoarewe_fr.htm
http://www.unii.net/confeniae/
http://www.pachamama.org/about

Photo : © Pascal Languillon, 2004

Site: The Shiwiars Project
Fonte: A360.org